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Le Syndrome d'alcoolisme foetal
Historique
1. Contexte
On a largement démontré les nombreux effets néfastes sur la santé qui sont liés à la consommation
excessive de boissons alcoolisées. Depuis quelque temps, on s'inquiète tout particulièrement des
effets de la consommation d'alcool par la mère et le père sur le développement et l'état de santé
général du foetus et de l'enfant. Plusieurs études corroborent la conclusion selon laquelle la
consommation excessive par la mère est un facteur indispensable et déterminant du «syndrome de
l'alcoolisme foetal» (SAF). Or, le fait qu'un enfant soit atteint du SAF semble dépendre de plusieurs
facteurs qui s'ajoutent à l'alcool, notamment la santé des parents, la consommation d'autres drogues,
le mode de vie et d'autres facteurs socio-économiques. Ainsi, le SAF ne peut et ne doit pas être
considéré de façon isolée de la préoccupation générale pour la santé et le bien-être des enfants
et de leur famille.
2. Syndrome d'alcoolisme foetal (SAF) - Définition
Le SAF est un ensemble d'anomalies présentes chez les enfants nés de femmes qui, pendant la
grossesse, ont consommé des boissons alcoolisées en quantité relativement grande. Le SAF ne
peut être diagnostiqué que lorsqu'il y a des signes d'anomalies de chacune des catégories suivantes.
Ces critères ont été élaborés en fonction de nouveaux-nés et peuvent ne pas être appropriés pour
d'autres groupes d'âge.
a) Retard de croissance (prénatale et (ou) postnatale)
-
poids ou grandeur inférieur au dixième centième lorsqu'on le corrige en fonction de l'âge
gestationnel
b) Trouble du système nerveux central
- anomalie neurologique (p. ex., troubles auditifs)
- retard de développement
- trouble du comportement ou déficience comportementale
- détérioration mentale (p. ex., difficulté d'apprentissage, déficience mentale) et (ou) anomalies
structurelles (p. ex., malformations cérébrales).
c) Particularités du visage
- petites ouvertures des yeux (fentes palpébrales courtes)
- partie moyenne du visage allongée et plate
- lèvre supérieure mince
- sillon sous-développé (philtrum) entre la lèvre supérieure et le nez.
Outre l'ensemble des anomalies connues sous le nom de SAF, plusieurs traits particuliers, souvent
appelés les effets de l'alcoolisme foetal (EAF), sont associés à la consommation de boissons
alcoolisées pendant la grossesse. Les EAF ne constituent pas nécessairement une forme moins grave
de SAF puisque les signes - même s'ils sont moins nombreux - peuvent être aussi sévères que ceux
du SAF. En voici des exemples :
- problèmes d'apprentissage (difficultés d'apprentissage et (ou) déficience mentale)
- problèmes du comportement (dysfonctionnement moteur, déficit de la capacité d'attention,
hyperactivité, trouble du sommeil)
- troubles auditifs
- malformations congénitales isolées
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Toutefois, jusqu'à maintenant, il n'existe aucune preuve universellement reconnue
indiquant que les EAF représentent une entité définissable et il serait mal avisé
d'appliquer ce diagnostic, en partie parce qu'on risque d'étiqueter les enfants à tort.
Chacun des symptômes peut être présent chez des enfants dont la mère n'a consommé
aucune boisson alcoolisée pendant la grossesse. Étant donné ces incertitudes, plusieurs
autorités dans le domaine ont déconseillé l'emploi du terme EAF et préconisé une meilleure
compréhension de chaque malformation congénitale liée à la consommation d'alcool.
Même si cette façon de procéder peut être justifiée, il y a de bonnes raisons de
craindre que les effets éventuels de l'alcoolisme foetal soient exclus des critères
de diagnostic du SAF.
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3. Syndrome d'alcoolisme foetal (SAF) - Incidence
Lorsqu'on examine l'incidence du SAF, il ne faut surtout pas oublier que plusieurs facteurs peuvent
influencer sur les estimations.
- Il est difficile de le diagnostiquer. Il faut posséder une expérience considérable pour
reconnaître les traits du visage liés au syndrome. Par ailleurs, certains de ces traits
sont la norme dans différents groupes raciaux.
- Il est difficile de mesurer avec exactitude la consommation de boissons alcoolisées à un
moment donné et il est tout particulièrement difficile de la mesurer pendant la grossesse,
période où la crainte des conséquences peut porter à ne pas déclarer une bonne partie de
la consommation. En outre, il n'existe aucun consensus sur la quantité, autre que la
consommation très excessive (p. ex., cinq consommations ou plus par jour), ou sur le
mode de consommation (p. ex., boire de façon irrégulière) qui cause des dommages.
-
Quelques traits du SAF peuvent être dus à diverses influences néfastes, ou être aggravés
par elles (p. ex., mauvaise alimentation, violence familiale ou toxicomanie, autres
problèmes obstétricaux et de santé de la mère), et interagir avec les boissons alcoolisées
ingérées pendant la grossesse.
En raison de ces facteurs, les estimations sur l'incidence du SAF sont très nombreuses et
controversées. Selon des données récentes, le taux dans le grand public est évalué à 0,33 cas
sur 1 000 naissances vivantes. Cette estimation est prudente et n'englobe pas les groupes
minoritaires tels les autochtones. Les résultats d'études limitées donnent à penser que le
taux dans les populations autochtones est au moins dix fois plus élevé.
Problèmes
1. Dommages non intentionnels
Les preuves dont on dispose actuellement corroborent la conclusion selon laquelle les femmes qui
boivent beaucoup pendant la grossesse peuvent avoir des enfants présentant les traits du SAF.
Étant donné les dommages éventuels causés au foetus, certains professionnels de la santé conseillent
aux femmes enceintes de s'abstenir. Toutefois, on n'a pu démontrer d'une façon systématique que
la consommation faible à moyenne de boissons alcoolisées par la mère (p. ex., jusqu'à deux verres
par jour) pouvait causer des dommages au foetus ou à l'enfant. Malgré l'ambiguïté que pose l'incidence
de la faible consommation, certains professionnels de la santé, prestateurs de services sociaux et
bien des gens ordinaires croient à tort que le SAF et chaque anomalie sont inévitables, même lorsque
la consommation est faible.
Cette perception peut avoir plusieurs conséquences non souhaitables, notamment :
- étiqueter à tort les enfants, les stigmatiser pour toujours.
- culpabiliser les parents en leur faisant croire que la consommation de petites quantités
de boissons alcoolisées a causé des anomalies qui étaient en fait dues à d'autres facteurs.
- causer une angoisse exagérée chez les femmes enceintes et leur famille.
- restreindre la crédibilité des données sur les autres effets néfastes connus sur la santé que
pose la consommation excessive d'alcool.
- appuyer des interventions qui peuvent être peu efficaces, au prix de programmes destinés à
des groupes qui pourraient profiter de programmes de prévention et de traitements appropriés.
Par contre, il faut prendre les mesures nécessaires pour contrer le SAF. Autrement :
- le nombre d'enfants atteints du SAF à la naissance risque d'augmenter inutilement,
- on pourrait donner aux enfants atteints du SAF et à leur famille des diagnostics, des
traitements et un soutien qui sont contre-indiqués.
- on manquerait de donner aux femmes enceintes qui ont des problèmes d'alcoolisme ou de
toxicomanie des occasions d'accéder aux services de traitement.
En l'absence d'une limite scientifiquement établie au-delà de laquelle la consommation de boissons
alcoolisées pose un risque majeur pour la santé du foetus, les prestateurs de service ne peuvent
donner des conseils uniformes et valides aux femmes et à leur partenaire sur la quantité d'alcool
à consommer . Actuellement, les prestateurs de service recommandent une consommation allant de
l'abstinence à la consommation , selon leur point de vue personnel, mais ils ne peuvent se fonder
sur un continuum homologué scientifiquement sur la consommation et le risque d'effets nocifs.
Souvent, cette situation aide peu les clients et, comme indiqué plus haut, même les conseils les
plus prudents risquent de causer des dommages non intentionnels à la mère, à l'enfant ou à la famille.
Néanmoins, les femmes enceintes, les femmes qui prévoient devenir enceintes et leur partenaire ne
devraient pas dépasser les limites proposées pour tous les buveurs. Pour éviter tous les risques
que posent les effets de l'alcoolisme foetal, il vaut mieux réduire sa consommation et il vaut
encore mieux ne rien boire.
2. Attention limitée à l'alcool
Même s'il est incontestable que les enfants présentant les caractéristiques du SAF naissent
uniquement de mères qui consomment des boissons alcoolisées pendant la grossesse, il est aussi
évident que ces mères sont soumises à d'autres conditions néfastes qui sont d'importants facteurs
dans bien des cas, notamment : une mauvaise alimentation, la pauvreté, l'usage du tabac, l'usage
de drogues illicites, la violence, des problèmes obstétricaux par le passé, un manque de soins
prénatals. Par conséquent, le SAF n'est pas simplement un problème d'alcoolisme mais une question
complexe, prenant racine dans les conditions socio-économiques sous-jacentes qui influencent sur
tous les aspects de la santé de la mère et de l'enfant.
3. Attention limitée à la femme
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Dans bien des cas de SAF où l'on dispose de données sur le père, celui-ci est décrit comme
un buveur excessif ou dépendant à l'égard de l'alcool. Ainsi, certains facteurs contribuant
au SAF peuvent provenir de l'homme. Ils peuvent être d'ordre biologique, des dommages étant
causés aux spermatozoïdes, ou physique et psychologique, par la violence ou une autre forme
d'abus de la mère. Par ailleurs, il faut reconnaître et supporter l'influence positive que
l'homme peut avoir sur la consommation de boissons alcoolisées de sa partenaire.
Canadian Centre on Substance Abuse, 75 Albert Street, Ottawa.
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MYTHE n° 1 Le SAF est synonyme de débilité mentale.
FAIT Certaines personnes atteintes du SAF souffrent de débilité mentale et d’autres, non. D’autres ont
une intelligence normale, voire supérieure à la normale. Même lorsque le cerveau est atteint, chaque
personne a ses propres forces et ses propres faiblesses.
MYTHE n° 2 Les troubles de comportement liés au SAF et aux EAF résultent tous d’un rôle parental déficient.
FAIT Certainement PAS! Les dommages au cerveau peuvent entraîner des troubles de comportement car les
personnes atteintes ne peuvent traiter l’information comme le font les personnes normales. Les enfants
qui souffrent de dommages cérébraux posent un défi aux parents, et ces derniers ont davantage besoin
d’aide et de soutien que de critiques et de jugements.
MYTHE n° 3 Les enfants qui souffrent du SAF s’en sortent en grandissant.
FAIT Malheureusement, ce n’est pas le cas! Le SAF dure toute la vie et ce, même si les symptômes et
les problèmes qui lui sont associés peuvent changer avec l’âge.
MYTHE n° 4 Admettre qu’un enfant souffre de dommages au cerveau équivaut à l’abandonner à son sort.
FAIT Nous n’abandonnons JAMAIS les enfants qui souffrent de problèmes, quels qu’ils soient.
Nous devons plutôt nous efforcer de comprendre les besoins des enfants atteints du SAF et de trouver
de quelles manières nous pouvons les aider.
MYTHE n° 5 Le fait de diagnostiquer le SAF chez un enfant a pour conséquence de « l’étiqueter » pour la vie.
FAIT Le diagnostic renseigne sur la nature du problème, aide à trouver un traitement approprié et
évite de s’efforcer de répondre à des attentes irréalistes.
MYTHE n° 6 Les personnes atteintes du SAF peuvent être aidées de manière efficace par un seul organisme ou par la discipline.
FAIT Les besoins des personnes atteintes du SAF sont tels qu’ils exigent de nombreuses interventions
ainsi que la coopération entre de nombreux services communautaires.
MYTHE n° 7 Les personnes atteintes du SAF qui n’agissent pas d’une manière jugée responsable manquent de motivation.
FAIT Il est plus probable qu’il s’agisse de troubles de mémoire, de l’inhabilité à résoudre
efficacement les problèmes ou simplement de l’impression d’être accablées.
MYTHE n° 8 Les moyens scientifiques actuels permettent de résoudre les problèmes liés au SAF.
FAIT TOUS les aspects du SAF, dont l’épidémiologie (l’étude de l’incidence d’une maladie),
la prévention et l’intervention et le traitement précoces, doivent encore faire l’objet de recherches.
MYTHE n° 9 Le problème du SAF disparaîtra de la société.
FAIT Le SAF est évitable, mais la consommation d’alcool fait tellement partie des mœurs qu’il est
nécessaire de continuer à s’attaquer de manière pratique et réaliste au problème de l’abus d’alcool.
MYTHE n° 10 Les femmes qui donnent naissance à des enfants atteints du SAF ont choisi de boire pendant la grossesse sans se soucier des torts qu’elles pouvaient faire subir à leur enfant.
FAIT Il n’est jamais facile de surmonter un problème d’alcoolisme. La grossesse est une excellente
occasion pour les femmes alcooliques de cesser de boire ou de diminuer leur consommation. Elles ont
besoin de respect, de compréhension, d’attention et de soutien pour y parvenir.
MYTHE n° 11 L’incidence du SAF est plus élevée dans les collectivités des Premières nations.
FAIT Le SAF est lié à la consommation d’alcool pendant la grossesse et non à une race ou à une ethnie.
Le degré de consommation d’alcool et les valeurs culturelles qui y sont liées varient d’une
communauté des Premières nations à l’autre et il en va de même pour la prévalence du SAF.
MYTHE n° 12 On peut empêcher les femmes enceintes qui ont des problèmes d’alcool ou de drogues de consommer en les emprisonnant ou en les plaçant en centre de traitement.
FAIT : L’alcool et la drogue sont disponibles partout dans notre société, même dans les endroits dits
« protégés ». Plutôt que d’imposer une solution à ces femmes, il est préférable de soutenir leurs
efforts en vue d’adopter des habitudes de vie saines, pour elles et pour leurs enfants.
(Adapté de Community Action Guide: Working Together for the Prevention of Fetal Alcohol Syndrome,
tel qu’adapté de Ann Streissguth, Ph.D., University of Washington)
Le syndrome d'alcoolisme fœtal : une tragédie évitable
Par le Dr Philippe DEHAENE, pédiatre, médecin honoraire du Centre Hospitalier de Roubaix
Alors que certaines pathologies de l'enfant sont largement médiatisées (Téléthon...), les effets
de l'alcool sur le foetus, avec leurs séquelles neuro-comportementales à vie, laissent indifférent
ou sceptique. Dans le cadre des affections lésant le système nerveux : trisomie 21, syndrome de
fragilité du chromosome X, phénylcétonurie, hypothyroïdie congénitale ou séquelles de très grande
prématurité, l'intoxication par l'alcool du foetus arrive pourtant en tête du peloton ! À Roubaix,
dans une maternité où accouchent des femmes de classes moyennes ou défavorisées, un nouveau-né
sur 200 avait en 1990 des signes évidents d'une alcoolisation prénatale. Les foyers le plus à
risque sont les familles à problèmes multiples, de bas niveau socio-économique. Elles sont faciles
à repérer et méritent donc toute notre attention.
Comment reconnaître les atteintes de l'alcoolisme fœtal ?
Les termes alcoolisation foetale, alcoolisme foetal (S.A.F.) ou embryofoetopathie alcoolique désignent
la même pathologie.
Le seul marqueur biologique est la présence d'alcool :
- certaine chez le foetus quand l'alcoolémie maternelle est positive ou probable, quand le
chiffre des gamma GT est élevé;
- évidente à l'heure de la naissance quand la mère est alcoolisée mais qui tombe quelques heures
après, le diagnostic étant conforté alors par la présence d'anomalies craniofaciales ou (et)
de perturbations du système nerveux central, de troubles de la croissance ou de malformations.
Le nombre des anomalies est corrélé à la quantité d'alcool consommée (relation dose-effet).
Pendant la grossesse
L'enquête diététique à la recherche d'une appétence particulière ou d'une dépendance vis-à-vis des
boissons alcooliques devrait être renouvelée à chaque consultation prénatale, et porter sur la ou les
semaines précédentes.
Apprendre à prononcer les mots alcool, bière, vin... devant des femmes manifestement non alcooliques
aide à aborder sans gêne excessive le dialogue avec les malades alcooliques. Interpréter le " Je bois
comme tout le monde " ou le déni " Moi ? Je ne bois jamais d'alcool ! " se fait peu à peu au contact
des patientes. Le tabagisme qui vient parfois renforcer les effets négatifs de l'alcool est plus
facile à dépister car moins culpabilisé.
Les obstétriciens, médecins, sages femmes, infirmières ou travailleurs sociaux ne sont pas les seuls
concernés. Tout un chacun peut amicalement dire à une femme enceinte : " Je suppose que tu as supprimé
tout ce qui contient de l'alcool ? " et rappeler ainsi l'option " zéro " puisqu'il n'y a pas de seuil
d'alcoolisation en dessous duquel une grossesse soit sans risque. Les malformations sévères sont rares
et décelées par l'échographie. En fait, la grossesse se déroule apparemment normalement jusqu'au 6e
mois bien que, sournoisement, un retard de croissance globale atteignant et le cerveau et l'ensemble
des tissus puisse se manifester. S'ensuit alors une fin de grossesse " à risque " réclamant une
vigilance extrême avec un suivi répété. L'accouchement prématuré provoqué peut être une bonne solution
pour soustraire le fœtus au bain d'alcool.
A la naissance
Même si la mortinatalité a presque disparu en raison des progrès de la médecine, l'enfant qui naît
est petit et porteur d'un visage particulier que pédiatres et puéricultrices doivent apprendre à
reconnaître. Il est désormais établi que l'association : fente oculaire étroite, nez très ensellé,
lèvre supérieure fine sans piliers ni gouttière nasolabiale (philtrum lisse en verre de montre) est
caractéristique du S.A.F., le seul diagnostic à discuter étant le très rare syndrome de Cornelia de
Lange, souvent confondu avec le S.A.F. dans les publications anciennes.
L'agitation par manque brutal d'apport en alcool après la section du cordon ombilical est habituelle.
L'enfant, sauf s'il est prématuré, est rarement hospitalisé. Les soignants doivent donc bien connaître
ce type de bébé car il réclamera après la sortie de la maternité une surveillance particulière, tout
comme sa maman d'ailleurs.
Pendant la petite enfance
L'enfant conserve sa dysmorphie ; la vitesse de croissance est diminuée, le poids restant insuffisant
par rapport à la taille. La mesure du périmètre crânien constitue un bon indice pour le développement
intellectuel ultérieur. Les abaques du carnet de santé permettent facilement de suivre le retard.
L'enfant ne " pousse " pas bien non pas par manque de soins, mais à la suite de l'événement
intra-utérin majeur qu'a constitué l'intoxication des tissus par l'alcool et son principal métabolite,
l'acétaldéhyde. C'est ce qu'il faut expliquer aux mères pour leur éviter une culpabilité trop forte.
Pendant l'enfance
Le suivi régulier des S.A.F. en pédiatrie ou dans les consultations de P.M.I. ou de la médecine
scolaire démontre que le rattrapage du retard de croissance reste difficile. La maigreur et la pâleur
sans qu'il y ait d'anémie sont frappantes.
Les malformations externes, si elles existaient, ont été corrigées. Mais le retard intellectuel est
manifeste au regard des résultats scolaires. On incrimine l'instabilité et le défaut d'attention ou
les troubles du langage. Psychomotriciens et orthophonistes entrent alors en lice : les résultats
obtenus sont patents chez les enfants de mères malades alcooliques placés en famille d'accueil ou
adoptés, moins bons dans les familles où l'alcoolisme continue de sévir.
Pendant l'adolescence et chez l'adulte
Le visage se modifie : il s'allonge, le menton court jusque-là devient massif et saillant, mais les
yeux restent petits. Une certaine laideur jusque-là peu perceptible derrière le sourire habituel de
ces enfants aggrave leurs sentiments d'infériorité.
Les troubles du comportement prédominent. Réussite scolaire et professionnelle sont exclues. Chez ces
enfants influençables, les actes de petite délinquance sont fréquents par manque de jugement ou à
cause de leur impulsivité. Ils sont facilement déprimés. Les plus touchés vivent en institution
(15 à 20 % de victimes de l'alcoolisme prénatal se retrouvent dans des collectivités pour handicapés
mentaux adultes, d'après P. Lemoine de Nantes).
Près de la moitié d'entre eux consomment malheureusement de l'alcool. Si ce sont des filles et s'il y
a grossesse sous alcool, l'enfant sera atteint, comme sa mère, d'une foetopathie alcoolique.
La malédiction par manque de prévention frappe à son tour. Plus souvent que dans la population moyenne,
la vie de ces sujets peut se terminer tragiquement à l'occasion d'un suicide ou d'un accident de la
voie publique (traversée impulsive de la rue quand une voiture passe).
Prévenir les récidives et prendre en charge le nouveau-né
A toutes les étapes de la vie, il est possible, comme l'ont montré les études d'outre-Atlantique,
d'apporter un soutien à ces sujets injustement agressés bien avant la naissance. Les interventions
ont deux buts - tirer parti de la plasticité des circuits nerveux pour stimuler les cellules nerveuses
restées fonctionnelles, - éviter le mieux possible les handicaps secondaires au S.A.F. : échec scolaire,
états dépressifs ou autres problèmes de santé mentale, problèmes de délinquance, comportements sexuels
inappropriés, alcoolisation ou prise de drogues illicites, manque d'autonomie, difficultés au travail,
etc. Avec l'aide de professionnels intéressés, vigilants et compétents, on a pu, dans certains centres
d'Amérique du Nord, obtenir des succès inespérés.
À la naissance
La naissance suivie du séjour en maternité est une période de grâce qui ne doit pas être troublée par
des interventions inadéquates et culpabilisantes. Pas question de s'enquérir du taux de l'alcoolisation
(ou du nombre de cigarettes fumées !). L'heure est à la relation affective entre père, mère et bébé.
Par contre, si des questions sont posées par les parents sur la nervosité ou le faible poids du bébé,
une certaine vérité distillée peu à peu mais non assénée est souhaitable dans l'intérêt ultérieur de
la mère et de l'enfant.
L'allaitement maternel
Bien que les malades alcooliques ne soient pas toujours de bonnes nourrices, la mise au sein peut se
révéler un facteur d'épanouissement.
Refusent ce mode d'alimentation ceux qui pensent aux conséquences que la présence d'alcool dans le lait
pourrait avoir sur l'enfant. Les arguments contre l'allaitement maternel sont les suivants : l'odeur du
lait alcoolisé, des troubles de la succion, un sommeil moins profond, une sécrétion de lait moins
abondante, à moyen terme, un niveau intellectuel qui serait moins bon, à long terme, une prédisposition
à l'alcoolisme.
Les arguments de ceux qui sont pour l'allaitement nous semblent plus probants : la très faible quantité
d'alcool susceptible d'être ingérée avec le lait, les avantages considérables de l'allaitement au sein
dans la relation mère-bébé, l'occasion qui est donnée, grâce à la mise au sein, de parler " alcool "
avec la mère et même de lui proposer quelques conseils pour un " meilleur boire " si sa dépendance ne
lui permet pas d'arrêter sa consommation, par exemple :
- essayer de retarder la première prise d'alcool de la journée et la situer après la première
tétée,
- éviter les alcools forts
- manger avant de boire car le pic d'alcoolémie sera retardé et moins élevé.
Nous partageons entièrement leur point de vue.
Les premiers mois
L'intérêt doit être porté - à l'enfant pour l'aider à tirer parti de la plasticité des neurones restants,
non touchés par l'alcool, - à la mère pour l'aider à devenir abstinente et ainsi éviter ultérieurement
une nouvelle grossesse sous alcool.
Les deux démarches s'inscrivent dans le même programme de prise en charge et concernent tous les acteurs
de la petite enfance sans exception, qui sont ainsi invités à devenir peu à peu des alcoologues à part
entière sur leurs lieux de travail, en P.M.I., à l'hôpital, en crèche, en pouponnière et bien évidemment
au domicile des familles touchées par une alcoolisation habituelle.
Le Centre Hospitalier de Roubaix
Nous donnons ici trois exemples de prise en charge. La première est celle que nous avons mise en route au
début de la décennie 1980 dans le service de néonatalogie du Centre hospitalier de Roubaix. Les mères
reconnues consommatrices habituelles étaient invitées à fréquenter la consultation, avec leurs nouveau-nés
atteints à la suite d'une alcoolisation foetale, pour un suivi renforcé (de deux à quatre consultations
par mois, avec chaque fois le même interlocuteur). L'accent était mis sur le développement neuromoteur
du nourrisson, les interactions et la santé de la maman. Après quelques séances, on s'intéressait à
l'alcoolisation présente même quand il y avait déni de consommation. Lorsqu'une bonne relation s'installait,
il n'était pas rare de voir la mère venir plus souvent seule, sans son enfant. On a vu parfois une mère
cesser spontanément de boire ou venir demander l'adresse d'un alcoologue. L'un des buts était également
d'obtenir d'elle une contraception si l'alcoolisme persistait. Quand la situation était stabilisée, la
P.M.I., les services sociaux ou le médecin de famille prenaient seuls le relais mais certaines familles
ont été suivies personnellement par nous pendant près de dix ans !
Cette pratique dite de " l'interlocuteur privilégié " a permis d'éviter, croyons-nous, la naissance d'autres
enfants handicapés par l'alcool, mais aussi certains placements en familles d'accueil. Dans les grossesses
itératives d'autrefois, le retrait quasi systématique à la naissance entraînait une somme de souffrances
familiales incalculable (voir le film de Ken Loach : Coccinelle).
Les difficultés ne doivent pas être sous-estimées : nécessité d'une disponibilité à toute épreuve des
intervenants, durée imprévisible des consultations, situations d'urgence en cas d'ivresses ou de
rechutes...
Le C.A.M.S.P. de Roubaix
Actuellement, cette lourde charge repose à Roubaix sur le Centre d'Action Médico-Sociale Précoce, voisin
des services d'obstétrique où les mêmes méthodes prévalent, avec en plus la création d'un lieu de
parole où les mères malades alcooliques ou non viennent entre elles épiloguer et dialoguer à propos de
leurs difficultés quotidiennes. L'avantage du CAMPS est la disponibilité d'une gamme d'intervenants de
formation variée pour soigner le S.A.F. handicapé.
"Birth to Three" à Seattle
Cette prise en considération des problèmes d'alcoolisation foetale a été mise en route aux États-Unis
à l'échelon d'une ville de 90 000 habitants dans l'État de Washington, plus particulièrement à Seattle,
dans l'optique du projet " Birth to Three " visant à trouver pour chacune des familles concernées par
la présence d'un ou plusieurs S.A.F. un " tuteur ", toujours le même, qui a sa confiance et qui
l'accompagne pendant un laps de temps pouvant aller jusqu'à trois ans après la naissance. Les premiers
résultats sont encourageants. Parallèlement se sont constitués des groupes de grands-parents qui
interviennent auprès de leurs jeunes en difficulté et des groupes d'anciennes buveuses regroupées au
sein d'un mouvement nommé " Iceberg ", qui vont apporter leur expérience à partir de leurs propres
déboires anciens.
Pourquoi, dans notre pays, ne pas donner davantage d'autonomie et de temps aux personnels de PME et aux
médecins de l'Éducation nationale pour leur permettre de rendre davantage de services aux couples
mères-enfants handicapés par l'alcool ? Comme le note D. Playoust, alcoologue : " On ne peut faire
l'économie, faute de le payer cher plus tard, de passer du temps pour entrer en contact avec l'autre
avant tout acte technique ".
Conclusion
" En France, boire est un passe-temps national " (réflexion récente d'un journaliste scientifique
américain). " En France, l'alcoolisme n'intéresse personne " (réflexion ancienne du Pr Fontan, de son
vivant président du Haut Comité d'Étude et d'Information sur l'Alcoolisme...).
N'est-il pas temps de prendre conscience de nos réactions négatives, de nos préjugés ou difficultés
vis-à-vis de la femme malade alcoolique ? Les groupes " Alcool et Grossesse " qui se créent un peu
partout apportent des réponses aux incertitudes angoissées des futures mères et de leurs soignants.
Devenir tous des " alcoologues " est-il du domaine de l'utopie ?
L'alcoolisme foetal cessera-t-il d'être une affection ignorée, honteuse, niée, non prévenue, en somme
une maladie " orpheline " ?
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